Installé aux commandes, mains sur le volant, il dirige sa vie. Éviter l’obstacle, dépasser, changer de direction, à chaque fois le même réflexe : jeter un coup de mémoire dans le rétro. Cette fois la vue est dégagée, il voit loin dans le passé.

6 ans. L’entrée au CP. Un bureau et une chaise. On lui a dit de s’asseoir et il s’est assis. Un clignement de paupières et le voilà, quarante ans passés, toujours assis. Poésie, dictée, devoir de maths, note de service, compte-rendu de réunion, powerpoint de soutenance, organigramme, cahier des charges, réponse à appel d’offre, excel de prévisions. Une chaise et un bureau, toujours. Ni une ni deux, il écrase le frein. La pause s’impose. Il ferme les yeux et il pense. 

Il pense à son meilleur ami Pierre prenant sa guitare. Il le voit s’absenter pour laisser la main à ses doigts et là, s’évader. Les évader. Il pense à lui qu’il n’imaginait pas bricoleur en train de démonter, dévisser et souder. Il le voit redonner vie à son lave-linge grâce à trois outils et au bon condensateur. Il ressent la jouissance de tenir à distance encore un peu l’obsolescence programmée. Il pense à Pierre donc. Il l’imagine et il vibre.

Il pense à Emilie, collègue de travail qu’il ne connaissait pas si bien que ça. Il pense à elle en dehors du travail lorsqu’elle restaurait des meubles. Il l’imagine en train de poncer, raboter et peindre. Il voit ces nouvelles vies données et une partie d’âme partagée et il vibre.

Il pense à Caroline lorsqu’elle n’est pas en consultation. Il la voit réserver, cuire, assaisonner, battre, malaxer. Il ressent son plaisir de faire et de partager. Il déguste sa passion et il vibre.

Il pense à Arnaud en train de plaquer, poncer, enduire, percer, découper, poser. Il le voit aménager un sous-sol en un chez-lui habitable et habité. Habité par leur présence ainsi que par leur essence. Des gouttes d’âme à chaque coup de main. Il ressent le plaisir et il vibre.

Il pense à son père, évidemment. Il se revoit à ses côtés, les fesses calées sur la banquette improvisée d’un kart. Moteur de tondeuse, ça tousse mais ça avance. Souvenir imaginaire ou rêve d’un véhicule construit de ses propres mains ? Peu importe. Bien d’autres images sont nettes. mobylette des années 50 remise en service. Électroménager réparé. Béton, cloisons, faux-plafonds jusqu’à cette salle de bain refaite avec presque rien. De la récup’. Mesurer, scier, visser, fixer. Il pense à son père et sent ce pouvoir immense de pouvoir compter sur ses mains. Il imagine cette fierté et il vibre.

Ce “il”…c’est moi. Toi, tu es Pierre, Emilie, Caroline, Arnaud, mon père. Une folle inspiration. De l’ordinaire extra pétillant. 

A moins que ce “il” ne soit toi et que je fasse partie des Pierre, Emilie, Caroline, Arnaud, papa. Car oui, je me suis levé de ma chaise et j’ai fait. Aménager ma voiture pour goûter à l’expérience du roadtrip. Aménager mon camping-car pour y vivre. Je repense à cette folle semaine. 7 journées de 12h de travail qui ne semblent en faire qu’une. Électricité, câblage, batteries, peinture, scie circulaire, scie sauteuse.  L’excitation, la joie au réveil, les complications puis la satisfaction d’un résultat qui fonctionne, surtout quand c’est du premier coup. Une euphorie qui relègue ton téléphone au second plan. Une vibration qui efface les heures et la fatigue.

Il y a le projet et la tension vers sa réalisation :

deux mains, du travail, une œuvre.

J’aimerais lire vos mots. Ceux que vous mettez sur ce que vous aimez faire de vos mains. Découvrir les sensations que vous avez en œuvrant.

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