Quoi de mieux qu’un petit jeu à l’approche des fêtes ?

Un peu de contexte pour commencer. Ça t’est déjà arrivé ?

Euh quoi ?

Une rencontre qui décoiffe…

Tu croises quelqu’un et tu te mets à discuter. Il y a de la matière. C’est dense. La personne est plus jeune mais tu sens qu’il y a de la réflexion derrière le propos. Ça fait du bien. Enfin…pas tout à fait.

Car toi tu es là, en mode discussion, en y mettant du sérieux mais avec le handicap de la fatigue de tes soirées précédentes et surtout, en ayant perdu l’habitude du débat, de la provocation et de l’argumentaire soutenu.

Du coup, t’avances un peu à l’aveugle dans la discussion. Tu écoutes, beaucoup, tu bois tes verres de côte du Rhône un peu trop sec et parfois, tu parles. Et là, c’est le drame. La boulette.

Le pire, c’est que tu n’en as pas conscience immédiatement. C’est à la fin de ta phrase, lorsque le ton baisse, que le souffle s’entend et que le silence s’installe. Là, sans crier gare, ton interlocuteur (trice), que j’appelerai « oiseau libre » te demande si tu connais les “bingos”.

Perplexe et flairant le piège, décontenancé par le grand-écart entre le sujet précédent (le féminisme) et le « bingo », tu avoues ton ignorance.

Alors, l’oiseau libre sort ses griffes, calmement mais fermement. Il t’explique le concept de bingo. Rien de plus simple. Un ensemble de phrases toutes faites que les gens sortent régulièrement sur les sujets sensibles : racisme, féminisme, faim dans le monde, violence…Le joueur a son carton (dans un coin de ta tête) et coche une case dès qu’une personne lui sort une de ces répliques stupides (car n’est stupide que la stupidité ;-))hâtives.

Dans mon cas, je venais d’offrir une coche de plus. (En réalité j’étais pas loin d’offrir un bingo complet)…

(Note pour moi-même : A quel point peut on se laisser aller comme ça et se ramollir ?…)

Tu te demandes quelles phrases stupides j’ai pu sortir (avec à l’esprit l’idée que t’aurais fait mieux). Honteux mais amusé, je vais révéler ma bêtise…Beau joueur n’est ce pas?

Essayons de reconstituer l’échange (sans le vin évidemment) sur le thème du “cri de la carotte”…

Oiseau libre attaque :

– il n’y aucune raison valable aujourd’hui à manger de la viande…

Je réponds du tac auo tac (non sans humour) :

– perso, j’ai une prescription médicale du fait de ma cheville cassée

Oiseau libre reste sans réponse alors j’y vais :

– ça me casse les c… ce courant veggan qui différencie les sources alimentaires selon leur degré de conscience. (attention, voici la boulette…) Animaux ou plantes sont tous des êtres vivants, pourquoi différencier ?

Oiseau libre sort ses griffes :

  • AHAH, oui, le fameux cri de la carotte (bingo).

Je sens en moi une décharge d’adrénaline ( la honte) et un sentiment désagréable d’être piégé, du coup, je me tais.

Oiseau libre poursuit :

  • Encore une phrase toute faite pour justifier de manger de la viande alors qu’il est prouvé que sans consommation de viande, les ressources végétales produites suffiraient amplement à nourrir toute la planète

(Je le sais bien…)

Je zappe la suite (dans laquelle j’essaie maladroitement de refaire surface). Mais dans le fond, cette histoire de bingo m’amènent à deux conclusions :

  • Arrête de dire des conneries (surtout quand tu sais) pour justifier tes propres comportements (en l’occurrence moi qui aime manger de la bonne bidoche)
  • Arrête de laisser dire des conneries. Car dans un argumentaire, l’argument doit répondre au propos. L’utilisation du bingo, c’est humiliant, et c’est un peu sortir l’argument massu qui a raison de tout, le super joker. Un peu à l’image du point Godwin

Toujours est-il que ça remue. Alors changeons et reprenons les débats en évitant les phrases toutes faites ?

Du coup, si ça te branche et que tu veux jouer, tu peux préparer tes cartons. Soit sérieux/bobo (ie sur les sujets sensibles), soit plus légers (ie sur des sujets de tous les jours). Quelques exemples :

  • Je ne suis pas raciste, j’ai un ami…(noir, arabe,…) (ou une femme de ménage)
  • On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes! (citation de David Douillet)
  • Le « oui, mais pas moi ». Par exemple, n’est ce pas horrible lorsqu’une femme se fait agresser qu’on lui rétorque que sa tenue était provocante ? Si, mais moi j’aurais jamais dit ça !
  • T’es au chômage ? T’es feignant ?

Dans le léger, parfait pour la période de Noël :

  • Noyeux Joël
  • Et joyeuses pâques
  • Et si on se revoit pas, bonne année
  • HA! on m’appelle (au moment où on débouche une bouteille)

Attention toutefois…adopter le réflexe du bingo parce que tu as conscience de certaines choses, parce que tu as lu ou parce que tu as étudié ne te mets pas à l’abri. Ce réflexe est aussi une forme de pensée toute faite (comme toute vérité construite) et puis…nous sommes tous le con de quelqu’un.

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